Différentes déclarations peuvent être lues sur le site WCRP France: http://www.religionspourlapaix.org/

Lettre adressée par 138 théologiens et experts musulmans,
au Pape et aux Responsables des principales églises chrétiennes (11/10/2007) :

"Une parole commune entre Nous et Vous", tel est le nom du document sans précédent adressé par 138 personnalités religieuses musulmanes du monde entier, au Pape et aux autres Responsables religieux chrétiens. "L'avenir et la paix dans le monde dépendent du dialogue et de la compréhension réciproque entre l'Islam et le Christianisme", écrivent-ils.


En voici le texte intégral (format pdf) sur le site WCRP France: http://www.religionspourlapaix.org/

 

DERNIÈRES INFORMATIONS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

Janvier 2007

S. E. Khatami, ancien président de l’Iran, soutient le concept de “sécurité partagée”

lors de la huitième assemblée mondiale

de Religions pour la Paix, tenue à Kyoto

Une initiative internationale majeure, le processus d’Helsinki, a adopté comme thème central prioritaire le concept de “sécurité partagée” mis en avant par Religions pour la Paix lors de sa huitième assemblée mondiale.

Le processus d’Helsinki a été lancé en 2002 par la Finlande et la Tanzanie pour promouvoir la coopération entre les gouvernents, les organisations de la sociéété civile et le secteur des entreprises. Il se propose de découvrir des manières pratiques et innovatives de construire des réseaux en vue de s’attaquer aux problèmes de la mondialisation, et il encourage la démocratie, la bonne gouvernance, le développement durable et la sécurité mutuelle.

Lors de la huitième Assemblée mondiale des Religions pour la Paix, tenue à Kyoto l’an dernier, huit cents responsables religieux venus de cent pays ont adopté une déclaration sur la “sécurité partagée”. L’Assemblée a noté que - même du point de vue pratique - tout individu devrait être profondément impliqué dans cette notion. Personne ne peut élever autour de soi des murailles assez hautes pour se protéger de la vulnérabilité d’autrui. Cette considération s’ajoute au motif moral plus fondamental de promouvoir la sécurité partagée qui est mis en avant par toutes les traditions religieuses,

à savoir le devoir qu’a chacun de se préoccuper de ses frères et de traiter autrui comme soi-même. L’Assemblée a souligné que la sécurité partagée est la responsabilité collective de tous les secteurs

: gouvernements, milieux d’affaires et société civile.

Le processus d’Helsinki a noué un partenariat avec Religions pour la Paix en vue d’organiser trois sessions d’un groupe de travail d’experts émanant de ces trois secteurs. Depuis le mois d’août, ce groupe s’est réuni trois fois, à Kyoto, à Helsinki et tout récemment à La Haye. Les discussions actuelles sont centrées sur la capacité sans équivalent qu’ont les communautés de croyants de promouvoir la sécurité en mobilisant leur héritage moral et spirituel autour des défis liés à celle-ci. Elles ont en outre l’immense avantage de constituer les plus vastes réseaux de liens sociaux dans le monde.

Le groupe de travail tiendra bientôt une nouvelle réunion à Alexandrie en vue de définir le rôle que les communautés de croyants peuvent jouer pour édifier la sécurité au Proche Orient. J’aurai donc l’occasion de vous informer de la manière dont le souci de la sécurité partagée que porte la famille de Religions pour la Paix peut être lié de façon constructive aux engagements pris sur le même sujet par les gouvernements et le secteur privé.

Dans la paix,

Dr. William F. Vendley


 

Déclaration relative au discours du pape Benoît XVI

Dr. William F. Vendley, Secrétaire général

Les opinions diverses exprimées dans la presse au sujet des propos du pape Benoît XVI sur l’Islam et le sentiment qu’a le monde musulman d’avoir été offensé et blessé ne sont qu’un exemple parmi d’autres de la manière dont les différences religieuses peuvent devenir source de division. Au pire, des rapports erronés et des malentendus de cette sorte et les réactions qu’

ils suscitent peuvent rallumer des conflits séculaires et provoquer des violences.

Il n’est pourtant pas inévitable qu’il en soit ainsi.

Le Vatican et des membres de la communauté islamique sont déjà en première ligne dans un effort pluri-religieux tendant à construire la paix avec la justice. Il y a à peine quelques semaines que des représentants du Vatican et du monde islamique étaient présents parmi les 2000 représentants des diverses religions du monde réunis à Kyoto pour la huitième assemblée mondiale de la Conférence mondiale des Religions pour la Paix. Venus de cent pays, ils se sont engagés à faire face à la violence et à établir une sécurité commune, en reconnaissant que chaque tradition religieuse a sa version de la règle d’or — traiter les autres comme soi-même — manière fort sensée d’aborder les relations humaines.

.

Aux termes de la déclaration de Kyoto adoptée par les délégués à cette assemblée, “Nous reconnaissons avec regret que certains groupes, au sein de nos communautés, ont effectivement voulu faire usage de violence. Nous rejetons cela et renouvelons l’engagement des religions à suivre la voie de la paix.

S’il est désolant que les propos du Pape aient profondément offensé un si grand nombre de musulmans, c’est un fait positif que des regrets aient été exprimés. Cet épisode met en lumière la nécessité d’efforts persistants à mener par toutes les communautés de croyants pour le respect des différences et pour une collaboration fondée sur des préoccupations morales profondément ressenties et largement partagées. “Religions pour la Paix” met en place depuis trente six ans une alliance mondiale des communautés de croyants en vue de la paix.

19 septembre 2006



Déclaration
Déclaration de Kyoto
“Faire face à la violence — Promouvoir une sécurité partagée”

Huitième assemblée mondiale des Religions pour la Paix Kyoto, août 2006

Préambule

Représentant toutes les grandes traditions religieuses et toutes les régions du monde, plus de huit cents leaders religieux de plus d’une centaine de pays ont tenu à Kyoto la huitième assemblée mondiale de la Conférence mondiale des Religions pour la Paix dont le thème était : “Faire face à la violence et promouvoir une sécurité partagée”. Nous, délégués à cette assemblée, venons du réseau mondial de Religions pour la Paix formé de conseils et de groupes interreligieux locaux, nationaux, régionaux et internationaux ainsi que de réseaux de jeunes et de femmes croyants. Nous prenons en compte les contributions et les déclarations significatives venant des assemblées des jeunes et des femmes.

La première assemblée mondiale de Religions pour la Paix s’était réunie en 1970 à Kyoto. Chacune des assemblées tenues depuis lors a réaffirmé les principes religieux soutenus profondément et largement partagés qui continuent d’inspirer notre recherche de la paix et de la justice. Nous sommes tous convaincus de l’unité fondamentale de la famille humaine et de l’égale dignité de tous les êtres humains. Nous affirmons le caractère sacré de chaque personne et l’importance de sa liberté de conscience. Nous sommes engagés à l’égard des valeurs et des attitudes éthiques que partagent nos traditions religieuses. Nous soutenons la valeur de la vie qui se manifeste dans la communauté humaine et dans la création tout entière. Nous reconnaissons que le pouvoir de l’homme n’est ni absolu ni auto-suffisant, et que l’esprit d’amour, de compassion, d’altruisme et la force de la vérité intérieure l’emportent finalement sur le préjugé, la haine, l’hostilité et la violence. Réunis au Japon, pays qui a connu les horreurs des attaques nucléaires, nous nous engageons à continuer de lutter pour un désarmement atomique intégral et contre la prolifération des armements.

Les participants à la première assemblée mondiale de Religions pour la Paix avaient déclaré : « Hommes et femmes de religion, nous confessons avec repentir et humilité que nous avons très souvent trahi nos idéaux religieux et notre engagement à agir pour la paix. Ce n’est pas la religion qui a fait défaut à la cause de la paix, mais les gens de religion. Cette trahison de la religion peut et doit être redressée. » Il est crucial aujourd’hui que nous gravions profondément dans notre cœur cette réflexion de nos vénérables prédécesseurs.

Nous vivons actuellement dans un monde aux prises avec bien des formes de violence, directe ou structurelle. De violents conflits — entre des Etats ou en leur sein, mettant aux prises des acteurs étatiques ou non — tuent des personnes et détruisent des communautés. Elles font plus de victimes civiles que militaires et frappent de manière disproportionnée des populations vulnérables.
Les communautés de croyants, en particulier, ont un rôle essentiel à jouer pour identifier toutes les formes et manifestations de la violence et pour s’y affronter. Les religions du monde ont l’expérience des abus commis par ceux qui veulent exploiter la religion pour leurs propres fins. Dans des conflits en cours à travers le monde, la religion est utilisée pour justifier ou excuser la violence. Il nous faut reconnaître, pour le regretter, que dans nos familles spirituelles, certains groupes ont effectivement voulu faire usage de la violence. Nous devons rejeter cette tendance et renouveler l’engagement des religions à suivre les voies de la paix. Les communautés de croyants et leurs responsables doivent se dresser,
parler et agir contre un détournement de la religion.

Les diverses menaces liées entre elles que subissent d’innombrables membres de la famille humaine nécessitent que l’on adopte une vue très large de la violence existant dans le monde. Les communautés de croyants doivent jouer un rôle central, en partenariat entre elles et avec tous les secteurs de la société, pour empêcher et faire cesser les guerres, dénoncer l’injustice, lutter contre la misère et protéger la terre.

C’est maintenant le moment de le faire, et la clé de notre action contre la violence est la coopération fondée sur le respect et l’acceptation mutuels.

Faire face à la violence

Aujourd’hui, le génocide, la répression menée au nom de l’Etat, le terrorisme et d’autres négations des droits de l’homme violent le droit international, prennent pour cible des civils innocents et menacent la sécurité de groupes nombreux. Les lois qui restreignent les droits humains et la liberté des citoyens sont elles aussi une forme de violence. En rapport avec les conflits, la maladie, la famine, les déplacements de population et les catastrophes écologiques menacent gravement la vie. Les violences envers les femmes et les enfants que sont le viol, la grossesse forcée, l’esclavage, le travail imposé, la prostitution, l’emploi d’enfants soldats et le trafic d’êtres humains sont fréquemment utilisés comme moyens de guerre.

Les menaces physiques directes sont ce qui définit le plus couramment la violence. Mais la réalité des éléments divers et liés entre eux qui mettent en danger la survie de millions d’êtres humains oblige à adopter une notion bien plus large de la violence dans le monde. Des injustices économiques causant famine et misère extrême font mourir cinquante mille personnes chaque jour. Des maladies que l’on pourrait empêcher ou guérir en tuent des millions. Vingt millions d’individus sont déjà morts du SIDA et quarante millions d’autres sont contaminés par le virus, avec des conséquences désastreuses sur les populations affectées. Beaucoup d’entreprises, spécialement les multinationales, déterminent la marche de leurs affaires sans se préoccuper des valeurs dont dépend le développement durable. La dégradation de l’environnement et la raréfaction des ressources naturelles menacent l’aptitude de notre planète à entretenir la vie.

Les pauvres, les sans pouvoir et les populations les plus vulnérables subissent de façon disproportionnée les effets de la violence sous toutes ses formes, allant des conflits armés, à la misère extrême et à la dégradation de l’environnement.
Malheureusement, la religion joue un rôle significatif dans des conflits parmi les plus irréductibles et les plus sanglants. Elle est prise en otage par des extrémistes et trop souvent aussi par les politiciens et les médias.
Les extrémistes se servent de la religion pour inciter à la violence et à la haine et pour entretenir des conflits sectaires, ce qui est contraire à nos convictions les plus profondes. Les hommes religieux doivent voir clairement pourquoi les religions sont prises en otage notamment par la manipulation et l’interprétation abusive de leurs principes de base. Les politiciens exploitent et manipulent souvent pour leurs propres fins les différences entre les croyances en mêlant la religion aux querelles politiques, économiques et sociales. Les médias contribuent aussi, dans les situations de conflit, à faire des religions des boucs émissaires en les décrivant en des termes qui ne les respectent pas. Ils ont trop tendance à identifier les parties aux conflits par des étiquettes religieuses, et à présenter la religion comme une cause de discorde sans faire état de la diversité des positions au sein des traditions religieuses, et sans signaler les multiples façons dont les communautés de croyants font face à la violence et œuvrent pour la paix.


Apporter à ces défis une réponse pluri-religieuse.

Au nom de nos convictions religieuses, nous avons la responsabilité, au sein de nos communautés respectives, d’affronter la violence chaque fois que l’on abuse de la religion pour la justifier ou l’excuser. Il faut que les communautés de croyants manifestent leur opposition chaque fois que la religion et ses principes sacrés sont dénaturés au service de la violence.
Elles doivent prendre les mesures qui s’imposent pour exercer leur autorité morale à l’encontre de cet abus.

Des impératifs éthiques et religieux fondent la coopération entre les religions en vue de résister à la violence et de la rejeter, de l’empêcher autant que possible et de promouvoir la réconciliation et la guérison.

Nos traditions religieuses nous appellent à prendre soin les uns des autres et à traiter les problèmes d’autrui comme s’ils étaient les nôtres. La violence contre tout individu est une attaque contre tous et doit nous préoccuper tous. Les communautés de croyants se savent particulièrement appelées à se placer du côté des plus vulnérables, les pauvres, les marginaux, les sans défense. Nos traditions religieuses reconnaissent que la vie humaine est essentiellement vulnérable. La vulnérabilité de chaque individu doit nous faire admettre la nécessité de faire face à la vulnérabilité de tous.

Il existe aussi des motifs pratiques de coopérer. Aucun groupe n’est à l’a bri de la violence ou de ses conséquences. La guerre, la misère, la maladie,
la destruction de l’environnement ont sur nous tous des incidences directes ou indirectes. Les individus et les collectivités se trompent s’i ls imaginent en être à l’abri quand les autres en souffrent. Aucun mur ne sera jamais assez haut pour nous isoler des effets des vrais manques et de la vulnérabilité des autres. Aucun pays ne peut être en sécurité quand d’a utres pays sont menacés. Nous ne sommes pas plus en sûreté que le plus vulnérable d’entre nous.

La coopération multi-religieuse augmente énormément l’efficacité de ce que les communautés de croyants peuvent entreprendre individuellement. Agissant ensemble, elle peuvent jouer un rôle important pour empêcher la violence avant qu’elle se déclenche, atténuer les conflits, se faire médiateurs entre les groupes armés et promouvoir la reconstruction des sociétés brisées par la guerre.

Les communautés de croyants n’ont pas seulement à rejeter la guerre et l’o ccupation étrangère, la violence sectaire, la prolifération des armements et la violation des droits de l’homme. Il leur revient aussi d’identifier et d’affronter les causes profondes de l’injustice, des inégalités économiques, de la faillite des institutions, des obstacles au développement, de l’exclusion sociale et des atteintes à l’environnement.

Pour une sécurité partagée

Les convictions morales de nos diverses traditions religieuses nous fournissent un fondement éthique pour faire face à la violence sous toutes ses formes et pour envisager ce que serait une sécurité commune.

Les conceptions existantes de la sécurité ne tiennent pas suffisamment compte des nombreuses formes de la violence. La sécurité à l’échelle d’une
nation ne garantit pas nécessairement la paix ; en fait, elle encourage souvent la violence et augmente l’insécurité. Les conflits armés se produisent entre les Etats et, de plus en plus, à l’intérieur des Etats et entre des acteurs non-étatiques. La sécurité à l’échelle de l’humanité reconnaît la solidarité de la famille humaine en prenant comme point de départ les droits et les besoins des hommes. Mais définir la sécurité humaine en ces termes ne suffit pas à déterminer comment ces besoins pourront être satisfaits et qui sera responsable de les satisfaire.

Une vision complète de la sécurité partagée met en rapport les besoins dont la sécurité dépend, la manière d’y répondre et les acteurs, instruments et partenariats à mettre en œuvre à cette fin. Il est important que cette vision de la sécurité partagée mette en lumière la responsabilité collective qui incombe à tous pour que soit satisfait notre besoin commun de sécurité.

La sécurité partagée demande que tous les secteurs de la société reconnaissent nos vulnérabilités communes et la responsabilité que nous avons ensemble d’y faire face. Elle fait appel à l’action collective de parties prenantes multiples qui reconnaissent que chaque secteur de la société doit affronter la violence si nous voulons être efficaces. Cela suppose des formes de gouvernement démocratiques et participatives. Les gouvernements, les organisations internationales, la société civile et les communautés de croyants elles-mêmes ont tous leur rôle à jouer dans la promotion de la sécurité partagée. Celle-ci, pour être réelle, doit transcender les frontières géographiques, ethniques et religieuses. Elle met en œuvre le sens du devoir, la responsabilité et les capacités humaines partout où on les trouve.

Une sécurité partagée effective à tous les niveaux satisfait les exigences de la sécurité nationale. Elle reconnaît, pour les neutraliser, les menaces directes et les dangers chroniques qui pèsent sur la sécurité physique des individus, et elle protège les pauvres, les sans pouvoir et les plus vulnérables. Elle renforce l’action des gouvernements et elle fait face aux inégalités et aux injustices de la mondialisation. Elle seconde les efforts des communauté de croyants et des chefs religieux pour s’opposer au détournement de la religion à des fins de violence et pour mettre en place des institutions favorisant la collaboration entre les gouvernements, toutes les composantes de la société civile et les communautés de croyants.
S’engager dans la voie de la sécurité partagée permet aux réseaux multi-religieux, comme celui de Religions pour la Paix, d’agir plus efficacement pour transformer les conflits, construire la paix, lutter pour la justice et promouvoir le développement durable.

Religions pour la Paix

Religions pour la Paix est devenu une voix et une force multi-religieuses mondiales majeures pour la paix. En respectant les différences religieuses,
le réseau mondial de Religions pour la Paix encourage une collaboration interreligieuse qui met en jeu les forces des communautés de croyants en vue de la transformation des conflits, de la construction de la paix et de la promotion du développement durable.

Nous, délégués à la huitième assemblée mondiale de Religions pour la Paix sommes fermement unis dans l’engagement que nous avons pris d’empêcher la violence et d’y faire face sous toutes ses formes, et nous avons confiance en la force de la coopération multi-religieuse pour promouvoir une vision commune de la sécurité partagée. Nous sommes déterminés à mobiliser nos communautés pour qu’elles travaillent ensemble et avec tous les secteurs de la société à arrêter la guerre, à lutter pour construire des collectivités humaines plus justes, à encourager l’éducation à la justice et à la paix, à éliminer la misère et à promouvoir le développement durable dans l’intérêt des générations futures.

Ces engagements et les appels à l’action qui s’en déduisent expriment nos croyances religieuses les plus profondes et les plus largement partagées.


Kyoto, 29 août 2006

 

Appel à l’action pluri-religieuxse
Huitième assemblée mondiale des Religions pour la Paix Kyoto, août 2006

Comme responsables religieux, nous nous engageons à faire progresser la sécurité partagée par la présentation de nos points de vue, par l’éducation et par d’autres formes d’action pluri-religieuse, et à répandre cette Déclaration de Kyoto dans nos communautés.

Nous appelons tous les secteurs de la société — publics et privés, religieux et laïcs — à travailler ensemble à doter la famille humaine d’une sécurité partagée.

Plus spécialement, l’assemblée mondiale de Religions pour la Paix invite

1) les communautés de croyants

- à résister et à faire face à toute exploitation de la religion à des fins de violence ;
- à devenir des avocats, des éducateurs et des acteurs efficaces pour la transformation des conflits, la promotion de la justice, la construction de la paix et le développement durable ;
- à prendre appui sur leurs traditions spirituelles respectives pour former leurs membres à notre responsbilité commune de promouvoir la sécurité partagée ;
- à renforcer à tous le niveaux l’éducation à la paix ;
- à rappeler aux gouvernements les engagements pris par eux en faveur de leurs peuples ;
- à se mettre en réseau aux niveaux local, national, régional et mondial pour favoriser la coopération entre les religions du monde ;
- à former des partenariats avec les gouvernements, les institutions internationales et les autres secteurs de la société en vue de faire face à la violence et de faire progresser une notion nouvelle de la sécurité partagée.

2) le réseau mondial de Religions pour la Paix

- à pousser à une coopération pluri-religieuse de haut niveau autour de l’
idée de sécurité partagée ;
- à créer, équiper et mettre en réseau des conseils interreligieux locaux,
nationaux et régionaux ;
- à renforcer le réseau mondial de Religions pour la Paix pour qu’il serve de base à la collaboration pour promouvoir la sécurité partagée ;
- à poursuivre son action pour donner de l’autorité aux femmes et promouvoir les droits de la femme dans ses structures à tous les niveaux ;
- à reconnaître la position centrale que doivent occuper les femmes de foi et à placer le souci de la situation des femmes au centre du programme de construction de la sécurité partagée ;
- à garder la jeunesse religieuse et ses préoccupations au centre de son programme et à favoriser leur pleine participation à la promotion de la sécurité partagée ;
- à soutenir la Commission de Construction de la Paix de l’Organisation des Nations Unies et à collaborer avec elle ;
- à soutenir des pratiques favorables au développement durable et à la protection de l’environnement ;
- à former des partenariats avec tous les secteurs de la société, en particulier pour lutter contre le SIDA.

3) Les gouvernements, les institutions internationales et le monde des affaires

- à soutenir les efforts des responsables religieux en ce qui concerne la violence existant au sein de leurs communautés et en dehors d’elles, et à les inclure comme il convient dans les négociations politiques relatives à des situations de conflit ;
- à former des partenariats avec les communautés de croyants pour réaliser les buts de développement du Millénaire, en vue d’éradiquer la misère extrême et la faim, de combattre la maladie et de faire progresser le développement durable ;
- à faire servir les progrès de la science et de la technique à des objectifs de paix, à l’élimination de la misère et à la promotion du développement durable ;
- à mettre à contribution les réseaux religieux pour leur aptitude à atteindre des populations nombreuses et pour leur capacité de pousser au changement.

Nous invitons tous les hommes de bonne volonté à soutenir les communautés de croyants et à collaborer avec elles tandis que nous travaillons à procurer à tous la sécurité partagée.

FEMMES DE FOI :
Agir pour faire face à la violence et promouvoir une sécurité partagée Religions pour la Paix - Huitième assemblée mondiale - Kyoto, 24-25 août
2006

Les femmes de foi donnent force et espérance quand tout paraît sans espoir.

Se laissant conduire par le respect des différences de religion et par la foi au pouvoir qu’ont les femmes d’enrichir la coopération pluri-religieuse,
Religions pour la Paix incite les femmes de foi à collaborer sur des thèmes qui les touchent profondément et qu’elles partagent largement. Des femmes de foi venant de dix traditions religieuses différentes et de soixante-cinq pays d’Afrique, d’Amérique du Nord et des Antilles, d’Amérique latine, d’Asie et du Pacifique, et d’Europe se sont rassemblées pour l’assemblée des femmes tenue à Kyoto du 24 au 25 août 2006.

Le principal objectif de la rencontre était de réfléchir, de discuter et de s’engager à faire face à la violence et de faire progresser la sécurité partagée en suivant le thème de l’assemblée : “Des femmes de foi rassemblées en vue de l’action”. Nous avons d’abord entendu un appel passionné de haut responsables religieux demandant à chacune de nous de “ trouver notre voix”.

Les femmes de foi ont joué un rôle important dans Religions pour la Paix depuis sa création en 1970. Revenant au Japon, lieu de la première assemblée mondiale de Religions pour la Paix, c’était l’occasion de reconnaître la contribution multiple et irremplaçable des femmes dans la construction de la paix, la transformation des conflits et la promotion du développement durable.

La réunion a été une occasion cruciale de parler pour partager des expériences et revoir de façon critique ce qui peut être fait pour changer la situation des femmes en engageant des femmes de foi à l’action. Au cours des discussions, la force inhérente et la créativité des femmes se sont dégagées à partir de contextes et d’arrière-plans divers.

Toutes ensembles :
- Nous avons partagé nos expériences de terrain, là où les femmes sont affectées directement par l’impact brutal et dévastateur des conflits armés,
du SIDA, de la misère qui déshumanise, des injustices économiques et de la paupérisation.
- Nous avons constaté que la marginalisation des femmes dans les communautés de foi et dans les institutions religieuses est un souci majeur et un défi pour la promotion de la sécurité partagée.
- Nous avons formulé une condamnation vigoureuse de toutes les formes de violations des droits humains commises contre les femmes en temps de conflit comme en temps de paix.
- Nous avons dénoncé l’escalade des violences de toutes sortes (mentales, physiques et psychologiques) dont les femmes sont victimes.

Nous réaffirmons :
- que les femmes sont souvent en première ligne pour travailler à la construction de la paix et pour servir d’activistes et d’intermédiaires pour la réconciliation dans des circonstances très difficiles.
- qu’elles enregistrent les réalités humaines avec sensibilité, particulièrement en temps de violence et de conflit.
- qu’elles disposent d’expériences et de ressources qui, une fois mobilisées, peuvent fortifier notre action à la base pour accroître le pouvoir des femmes.

Nous reconnaissons :
- que les réseaux pluri-religieux donnent aux femmes de foi une occasion sans égale d’identifier leurs sujets de préoccupation et leurs domaines d’
influence.

Notre appel à l’action se fonde sur notre engagement collectif et sur les responsabilités que nous partageons.

Les actions en collaboration qui ont été clairement définies à l’assemblée des femmes sont les suivantes :
- Inviter Religions pour la Paix à s’engager à continuer d’agir pour donner une plus grande place aux femmes et pour respecter leurs droits humains dans sa propre organisation et dans ses partenariats aux niveaux mondial, régionale, national et local.
- Inviter les femmes de foi, les responsables religieux et leurs communautés, les agences des Nations unies, la société civile et tous les gens de bonne volonté à reconnaître la place centrale des femmes croyantes et à inclure dans leurs programmes de paix et de stabilité les perspectives et les préoccupations relatives à la situation de femmes.
- Veiller à l’existence du dialogue, des échanges d’expériences, de l’édification de la confiance, et fournir des occasions concrètes de renforcer les actions émanant des communautés de base en vue de construire la paix et de promouvoir le développement.
- Demander que les structures et les programmes des religions donnent une plus grande place à la question de la situation des femmes et à l’accroissement de leurs capacités, et que des ressources spirituelles, théologiques, religieuses, médiatiques et financières soient mobilisées en vue d’assurer la mise en œuvre des programmes des femmes.
- Centraliser la documentation et disséminer les informations sur les meilleures pratiques des femmes de foi et sur les services qu’elles rendent.
- Reconsacrer notre temps, nos talents et nos ressources à nous éduquer nous-mêmes et à éduquer nos communautés au sujet de la construction de la paix, de la transformation des conflits et du développement durable.
- Réclamer un accroissement de la participation des femmes à la prise de décision à tous les niveaux et dans toutes les structures conforméméent aux accords internationaux existants, aux droits de l’homme et aux objectifs de développement du millénaire ; plaider pour une politique de tolérance zéro quant à la violence faite aux femmes.
- Offrir une coopération et renforcer les partenariats, les synergies et les alliances avec nos contre-parties masculines et les responsables religieux hommes, avec les autres agences de développement non confessionnelles et les Nations unies en vue de promouvoir les droits humains, arrêter la guerre, diminuer la misère et protéger la planète terre.
- Rompre le silence sur les violences sexuelles et le trafic d’êtres humains.

Enfin, nous nous invitons nous-mêmes à être le changement que nous voulons voir dans le monde et à servir d’instrument pour la réalisation de la paix et du développement durable pour nos familles, pour nos communautés et pour le monde entier.

VIIIème Assemblée Mondiale des Religions pour la Paix
Kyoto (Japon), 26-29 août 2006

Chiara Lubich
Présidente du
Mouvement du Focolare

Une salutation cordiale et reconnaissante aux chers et illustres Responsables religieux, représentant toutes les grandes traditions de la foi, venus de toutes les parties du monde pour participer à la huitième Assemblée Mondiale des Religions pour la Paix.
Le fait de se retrouver ensemble témoigne de notre mission commune de paix et de fraternité parmi les peuples, mettant en exergue les valeurs de transcendance, les forces spirituelles propres à chacune de nos religions.
Le lieu choisi, Kyoto, berceau des Religions pour la Paix, est sans doute le lieu le plus approprié pour nous inciter à prendre conscience de nos grands idéaux, pour nous rappeler que la coopération entre nous, entre nos religions diverses pourrait, être en soi une force capable d’apporter la paix dans le monde.
Mais que devons-nous faire pour pouvoir le réaliser?
Nous devons apporter l’Amour dans le monde.
Rappelons-nous qu’apporter l’Amour est plus fort que la mort et la violence. C’est une force qui existe dans le cœur de l’homme et de la femme et qui demande seulement à être réveillée, réanimée.
Aujourd’hui plus que jamais, nous constatons que tous les êtres sont interdépendants et que ce n’est qu’ensemble qu’ils peuvent construire un monde réconcilié.
Nous cherchons également un chemin commun, un dialogue constructif, une connaissance réciproque. L'aspiration à l’unité existe ; elle envahit les esprits les plus éclairés et invite à la rencontre, au partage.
Notre cher Pape disparu, Jean Paul II, écrivait : « Le temps est venu dans lequel se manifeste l’amour qui unit ! Plusieurs indices laissent penser que ce temps est effectivement arrivé » .
« L’amour qui unit » est celui que chacun de nous, en commençant par soi-même, peut insuffler dans tous ses contacts. L’amour nous fait oublier notre moi pour nous mettre au service des autres ; il qui construit le fondement de l’unité de la famille humaine.
Cette unité peut être la semence d’un monde nouveau.
Cette unité sera notre force parce que, même quand nous serons loin les uns des autres, la certitude d’être unis nous accompagnera et ce que nous ferons ne sera pas tellement le fruit d’actions individuelles, mais surtout l’expression d’un lien qui, même à distance, sera pour nous la source d’une lumière nouvelle ; elle nous donnera la compréhension de ce que nous devons faire et une énergie nouvelle pour pouvoir le réaliser.
Seule notre unité pourra dégager cette sagesse et ce pouvoir nécessaire pour changer le monde et gagner la bataille de la paix.
Et ceci parce que l’unité n’est pas la somme de plusieurs personnes, ce n’est pas seulement solidarité, collaboration et dialogue. Non. Construire l’unité veut dire faire resplendir, ensemble, l’amour réciproque, la présence de Quelqu'un qui transcende et qui est infiniment plus grand que nous. Dans la liturgie chrétienne, on chante : « Là où il y a la charité et l’amour, il y a Dieu».
Une grande personnalité bouddhiste, désormais disparue, le vénérable Etai Yamada aimait nous dire : « Si nous sommes un seul cœur, Dieu est avec nous et nous guide pour faire sa volonté ». C’est cette nouvelle présence de Dieu qui apportera la tolérance, la compréhension, le pardon, la paix, la joie. Cette présence allumera cette flamme d’amour qui fait fondre les hommes en une communion, qui éclaire le chemin de l’existence et qui, nécessairement, opère une brèche dans le cœur de tous.

C’est notre espérance et nous adressons ce vœu à chaque responsable des Religions pour la Paix, qui s’est engagé à travailler pour la rencontre harmonieuse entre les cultures et les peuples.


Déclaration
du Comité exécutif du Conseil européen des Responsables religieux
Oslo, 6 février 2006

Font partie du Conseil européen de Responsables religieux le Cardinal Danneels,
le Mufti Ceric,le Métropolite Kirill, le Grand Rabbin Sirat, l’évêque Gunnar Stalsett
et M. Jehangir Sarosh.
.

Nous appelons fermement les responsables de toutes les religions à faire tout ce qu'ils peuvent pour rejeter et pour arrêter les actes de violence et de terreur en cours, menés au nom de Dieu. Nous condamnons l'abus qui est fait de la liberté d'expression lorsqu'on blasphème ce qui est saint aux yeux des croyants. Toutes les religions tiennent pour sacrés certains symboles et des réalités de foi, et elles leur sont attachées avec une force particulière. Ce sentiment doit être respecté de tous, quelle que soit leur foi. La série profondément blessante de caricatures du prophète Mohammed est un affront à la plupart des 1300 millions de musulmans du monde. Elles sont, de ce fait, profondément blessantes aussi pour les membres des autres communautés de croyants. Nous nous unissons à l'appel adressé aux musulmans par la Conférence islamique européenne pour qu'ils ne se laissent pas emporter par la colère et ne réagissent pas avec violence. Nous nous félicitons aussi du message conciliant du Conseil musulman de Grande Bretagne, et nous le faisons nôtre.
Nous soutenons le droit à la libre expression comme fondamental pour la démocratie et les droits de l'homme, et nous reconnaissons que la liberté religieuse dépend de la liberté d'expression à laquelle elle est étroitement liée. Nous estimons que cette liberté est violée quand il en est fait usage sans égard aux effets dommageables éventuels pour les individus et les groupes, surtout dans des circonstances particulièrement instables.
Il faut s'opposer à ce que les actes récents, considérés par beaucoup dans le monde comme blasphématoires, soient manipulés par des provocateurs, ou perturbent le processus prometteur de dialogue et de coopération en vue du bien commun qui s'est développé et s'est intensifié au cours de la dernière décennie. La religion digne de ce nom ne doit pas être prise en otage par des extrémistes d'aucun mouvement politique ou religieux. L'incendie d'églises et d'ambassades et les autres actes insurrectionnels qui se sont produits ces derniers temps sont totalement inacceptables, non seulement à l'égard de l'ordre public, mais aussi du point de vue religieux.
Les événements tragiques qui se déroulent actuellement dans plusieurs pays ne peuvent cesser que si tous ceux qui croient en Dieu assument leur pleine responsabilité de la paix et de la justice dans leur communauté mais aussi comme citoyens dans leur propre contexte national, social et culturel. Il y a dans toutes les religions le devoir moral qu'elles partagent d'aimer Dieu et d'aimer son prochain comme soi-même ; il y a un héritage spirituel commun appelant à traiter les autres comme on voudrait qu'ils vous traitent. Ces principes à base religieuse représentent des traditions spirituelles en honneur à travers les âges, qui restent pleinement pertinentes à notre époque. Ils nous aident à transcender les frontières culturelles, sociales, ethniques et religieuses. Ils nous donnent des motifs puissants de construire sous de nouvelles formes des ponts entre les cultures, particulièrement en ces temps d'agitation et d'affrontement intenses sur des questions liées à la religion en tout ou en partie.
Nous approuvons la manière dont le gouvernement norvégien conçoit l'équilibre à tenir entre la liberté religieuse et la liberté d'expression. Nous invitons fermement tous les gouvernements à s'abstenir de tout acte et de toute déclaration pouvant aggraver le conflit, et à rechercher des solutions par la voie diplomatique dans un esprit de responsabilité mondiale partagée. Toute transgression du droit doit être traitée non pas devant le tribunal de la rue mais devant l'autorité compétente de chaque Etat selon son système juridique et conformément au droit et aux traités internationaux. Il n'y a pas lieu d'attendre des gouvernements des pays où règne la liberté de la presse qu'ils s'excusent de ce qui paraît dans les médias.
Cette situation profondément regrettable souligne l'importance de renforcer la compréhension et la solidarité pluri-religieuses. Le Conseil européen des Responsables religieux et Religions pour la Paix, l'organisation internationale dont il fait partie, sont prêts à collaborer avec tout gouvernement et toute institution de la société civile qui tienne sincèrement à promouvoir la dignité humaine et les droits de l'homme ainsi que le respect des croyances et des symboles religieux. Nous accentuons actuellement notre effort engagé de longue date pour promouvoir la compréhension mutuelle et la réconciliation en partageant l'information, en nous consultant les uns les autres et en en appelant à la sagesse et à la modération. Nous tenons à insister sur l'importance qui incombe à tout responsable religieux d'être un messager de réconciliation et de donner l'exemple de la solidarité avec les autres communautés de croyants dès lors qu'une attaque dirigée contre une d'elles est une attaque contre toutes.
Le Conseil européen de Responsables religieux attache un haut degré de priorité au drame actuel ; il compte que ce conflit et d'autres du même genre seront l'un des sujets de réflexion de l'assemblée mondiale de Religions pour la Paix qui se tiendra à Kyoto en août 2006.
Nous adressons un vibrant appel à tous les croyants pour qu'ils ne se laissent pas dominer par le découragement, mais élèvent leur cœur dans une prière pour la paix et la tolérance.

Le Conseil européen de Responsables religieux / Religions pour la Paix est formé de responsables à haut niveau des religions historiques de l'Europe, le Christianisme, le Judaïsme et l'Islam, ainsi que de bouddhistes, d'hindous, de sikhs et de zoroastriens d'Europe, qui se sont engagés à coopérer à la prévention des conflits, à la coexistence pacifique et à la réconciliation. Il est partie intégrante de la Conférence mondiale des Religions pour la Paix.
Font partie du Conseil européen de Responsables religieux le Cardinal Danneels, le Mufti Ceric,le Métropolite Kirill, le Grand Rabbin Sirat, l’évêque Gunnar Stalsett et M. Jehangir Sarosh..